A propos | About me

Pour vous présenter mon travail de sculpteur, je vais le comparer à ma passion initiale : l’escalade.  En effet celle-ci a imprégné mon attitude artistique. Mon père, pyrénéiste célèbre, m’a fait découvrir l’alpinisme dès mon enfance et nous avons gravi de nombreux sommets. Désormais, écolier rêveur, mes pensées se tournaient vers les cimes, la glace et le rocher. A 15 ans, encordés avec mon cousin, nous avons volé de nos propres ailes et réalisé les voies que nos pères respectifs avaient inaugurées. A 18 ans, affranchi des contraintes scolaires, je me suis consacré pleinement à l’escalade de haute difficulté. Le jeu était de gravir une paroi toujours plus dure, toujours plus raide, toujours plus haute, en repoussant chaque fois plus loin les limites.

C’est ici-même qu’interviennent à l’identique l’esprit de mon parcours d’artiste et mon éthique de grimpeur : surmonter de nouvelles difficultés de plus en plus grandes.

Débutant, j’ai entrepris la taille directe dans le bois et le marbre, recopiant des visages classiques. Puis, plus difficile encore, j’ai réalisé des corps entiers. Les sculptures à venir étaient des chalenges, impliquant des contraintes inédites. Comme par le passé, j’avais lu les écrits de grands alpinistes, je me suis plongé dans l’histoire de l’art. Des chef-d’œuvres de la renaissance Italienne aux galeries Parisiennes, j’ai voyagé, découvrant de nombreuses œuvres. Éveillé à la sculpture contemporaine, animé par la volonté de mieux apprendre, je suis devenu l’épigone de plusieurs artistes en imitant les figures de grands sculpteurs. Refaire le centaure de César, tronçonner le bois comme Baseliz. Enfin, le moulage, découvert lors de chantiers déco pour le cinéma, est devenu mon nouveau sujet d’étude. Les difficultés étaient là pour me séduire. Seul, j’ai appris qu’un moule n’était pas seulement destiné à répliquer des objets, mais qu’il pouvait être aussi le réceptacle pour construire une pièce unique. J’ai accumulé des fils électriques dans l’empreinte des Trois Grâces. Une fois la statue achevée, j’ai recherché sur le Net si d’autres sculpteurs pratiquaient cet étrange procédé si original, dont le résultat est surprenant. Stupéfié, j’ai découvert deux artistes Anglais, David Mach et Anthony Gormley qui, aujourd’hui encore, travaillent de cette façon. Ma joie fut immense en réalisant ma proximité avec ces grands sculpteurs britanniques.

Dans ma progression vers le plus difficile, j’ai créé une sculpture composée d’un contenu, la Statue de la Liberté de Bartholdi, et d’un contenant, la bombe atomique “Little Boy”, larguée sur Hiroshima. A l’image même d’un grimpeur progressant dans un passage extrême, la nature de cet exercice s’est avérée longue, complexe et délicate. Deux versions de cette œuvre existent dont une est encore disponible. Les multiples pistes empruntées au cour de mon travail de sculpteur sont restées à l’état embryonnaires. Leurs pleines expressions et leurs aboutissements sont aujourd’hui mon projet pour les années à venir. Délaissant ma quête de nouveautés, je m’appliquerai dans le futur à revisiter les différentes techniques découvertes.

Ces quelques faits peuvent peut-être prétendre à la qualité d’artiste. Pendant 25 ans, j’ai sculpté et dessiné. Vingt-cinq ans, c’est la durée de vie d’un cheval, le tiers de l’existence humaine. Mon premier cheval fut consacré à l’escalade, le deuxième à l’aventure artistique. Quand au troisième, il consistera à unifier et à fouiller les voies des temps passés. Il y a de cela 8 ans, ma rencontre avec l’astrophysique a changé mon rapport au monde. Le texte qui suit exprime mon ressenti de l’univers, de son étude et des correspondances que ceux-ci entretiennent avec l’art.


Demandez-moi si dans mon œuvre de sculpteur et dessinateur, il y a des traces de ma passion pour l’astrophysique. Il n’y en a aucune. Mais depuis que j’ai rencontré l’étude de l’univers, pour moi, l’art que je connaissais n’est plus le même. J’ai vu beaucoup d’œuvres de toutes époques confondues. J’ai aimé passionnément plusieurs artistes et j’en ai été leur épigone.

Demandez-moi maintenant quelle est la plus belle œuvre que je connaisse, et bien il se trouve qu’étonnamment elle n’appartient pas à ce que l’on appelle l’art. Il s’agit de la photographie “Hubble’s deepest field”.

Elle a coûté un milliard de dollars. Plusieurs pays ont dû la financer ; elle a coûté plus cher  encore qu’une cathédrale du Moyen-Âge. Le télescope spatial Hubble a été dirigé vers l’endroit du ciel le plus noir ; au contraire du grand angle, le champ de vision équivaut à une pièce de 1 euro vue à 20 mètres. Après 300 heures d’exposition, le résultat fut sidérant : à la stupéfaction générale, le téléscope avait récolté les lumières de 10000 galaxies lointaines.

Pour la première fois, l’ homme voyait un océan de galaxies à perte de vue. Le même cliché a été réalisé dans l’hémisphère sud et le nombre de galaxies fut similaire, ce qui revient à dire que l’univers visible, dans ses plus vastes dimensions, contient mille milliards de galaxies. Une seule galaxie contient plusieurs centaines de milliards d’étoiles, qui sont autant de soleils, autour de la plupart desquels tournent d’innombrables planètes. Il est maintenant sûr que d’autres vies existent ailleurs.

Cette photographie qui n’a pas sa place dans le monde de l’art est pourtant d’une beauté stupéfiante. Comme une immense pyramide, elle est le fruit d’un travail mené par plusieurs milliers d’individus. J’ai vu la “Ronde de nuit”, la Pietà de Michel-Ange, je connais Picasso ainsi que des dizaines de sculpteurs anciens et contemporains, souvenirs de chef-d’œuvres gravés dans ma mémoire, mais jamais, au grand jamais, je n’ai ressenti une telle émotion, chaque jour toute nouvelle, quand je rentre dans mon salon et que mes yeux se posent sur “Hubble’s deepest field”. Le poster m’a coûté 30 euros… et j’ai chez moi l’œuvre la plus accomplie de toute l’histoire de l’humanité. Je continuerai à dessiner, à sculpter et à aimer l’art mais en sachant que je serai toujours (et que l’art sera toujours) un cran en-dessous de cette icône époustouflante.